L’autobiographie
mixte ou la modalité acousmatique
Jacques Daignault
Université du Québec à Rimouski, Quebec
Translated by Catalin Ivan
Toronto, Ontario
I
Qu’est-ce que
savoir écouter? À quel signe principal reconnaît-on
le fait d’être bien écouté? Pourquoi est-ce si
précieux quelqu’un qui sait écouter? Trois questions
qui pointent vers la même qualité: la confiance, la confiance
que l’écoutant inspire et que l’écouté bâtit.
Le phénomène est
bien connu en psychothérapie. Mais il n’est pas
moins présent dans toute relation humaine. Il est
fort à parier que les gens confiants en eux et
dans leur rapport au monde ont été bien écoutés.
On affirme plus facilement ses positions et on
tend plus facilement la main quand on est confiant,
c’est là un truisme. Pourtant on a tous connu des
personnes arrogantes et suffisantes à souhait,
débordant de confiance en elles, incapables d’écouter.
Comment cela peut-il être quand elles auraient été écoutées?
Quand elles auraient été privilégiées par l’écoute?
Et bien justement non, elles n’ont probablement
jamais été bien écoutées, leur suffisance est un
symptôme d’un grand manque de confiance en soi,
un symptôme qui cache le mal. C’est qu’il y a une équation
entre la confiance en soi et l’écoute, au moins
dans le sens suivant: toute capacité d’assertion
ou d’affirmation qui n’est pas accompagnée par
une capacité d’écoute cache un manque profond de
confiance en soi.
On pourrait croire
que tout bon écoutant jouit d’une bonne confiance
en soi; c’est probable, mais il est encore trop
tôt pour l’affirmer; il y a au moins une ombre
au tableau: les gens qui ont appris à écouter dans
la gêne ou l’inhibition de s’exprimer (un handicap
hérité ou un environnement violent et chaotique)
semblent jouir d’un niveau de confiance en soi
assez bas. Et pourtant leur niveau d’écoute est
souventefois très élevé. Il faudra y revenir. En
conclusion.
Mais l’important
est d’abord de comprendre l’enjeu de l’écoute:
offrir à l’autre l’occasion de bâtir sa confiance.
Et cela apparaît même possible quand l’écoutant
ne jouit pas lui-même d’une grande confiance en
soi.
II
L’autobiographie
est généralement entendue comme la narration par écrit
des événements significatifs de sa vie. La page
blanche "écoute" bien l’âme solitaire;
on s’y confie souvent plus facilement qu’à ses
proches, en particulier quand personne autour n’écoute
bien.
Mais la
page qui m’ « écoute » se met à parler
dès qu’elle est pleine. Elle ira même jusqu’à répéter
exactement ce que je lui ai confié. Du moins la
lettre sera répétée. La lettre seulement? Ai-je
réussi à écrire ce que je voulais dire? Ai-je même
essayé? Et surtout, est-ce même possible? Entre
les signes que recueille la page et tout ce que
j’ai à dire (généralement quelque chose de suffisamment
important à mes yeux pour que j’estime devoir être écouté—et
non pas nécessairement entendu!—là-dessus), la
distance est généralement abyssale. Ce qui est
d’ailleurs une grande source de frustration quand
on écrit pour y coucher le contenu de sa conscience.
On risque alors de tout reprendre, ou simplement
d’abandonner. La page a pourtant bien écouté. Mais
il faudrait pouvoir à son tour écouter ce que la
page raconte pour y découvrir les lapsus, les symboles,
les chiffres de l’inconscient que l’écriture a
permis, en dépit de soi. Ce que l’écoute en effet
devrait révéler. Car toute écoute authentique invite à se
révéler à soi-même des choses cachées, souvent
bien cachées. Le premier moment de l’écoute n’est
qu’un enregistrement. L’analyste qui me donne une
heure "vide" de son temps pour m’écouter
ne cesse pas de m’écouter en proportion du temps,
de l’heure que je remplis avec ma parole; il ne
fait pas qu’enregistrer, il me renvoie souvent
aux chiffres de l’inconscient, quand il les entend.
Car c’est un peu cela qu’il fait: il écoute ce
que je raconte pour entendre ce que je ne raconte
pas, ou plutôt pour me permettre d’entendre ce
que je ne raconte pas; peut-être n’entend-il rien,
ce n’est pas son affaire. Pas tout à fait. Mais
il n’écoute bien qu’à me permettre d’entendre ce
que je n’entendais pas en moi, ou dans les structures
même de l’inconscient, tel qu’il agit en moi.
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Seeking Source ©Leslie
Stanick 2005
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Mais pour entendre,
j’ai besoin de me faire confiance. J’ai donc besoin
d’être écouté. Jusqu’où la page blanche peut-elle
aller? Jusque dans l’enregistrement intégral de
ce que je raconte par écrit. C’est déjà pas mal.
Mais que peut la page pleine pour moi? La page
que je remplis de mes confidences? Peut-elle m’écouter
encore? Quand je me relis, qu’est-ce que je lis?
Il se peut que je ne lise rien d’autre que ce que
je crois avoir écrit. Il se peut que mon niveau
de lecture demeure le même que mon niveau d’écriture.
Et c’est généralement le cas pour quiconque écrit
au premier degré. Dans ce cas là, la page pleine
n’écoute plus. Mais dans le cas contraire, dans
le cas où mon niveau de lecture permettrait une
certaine distance critique à l’égard de mon niveau
d’écriture, il se peut que la page pleine me permette
d’entendre ce que je n’entendais pas. Et les exemples
sont nombreux de pratiques d’écriture qui ont eu
des bienfaits thérapeutiques. Mais tous ces cas
de réussite impliquait déjà un niveau de confiance
en soi passablement élevé. Car seule la confiance
permet la distance critique, en particulier à l’égard
de soi.
Mais alors deux
questions se posent. Pourquoi encourager une pratique
d’écriture qui ne profite à son auteur que si le
profit est en quelque sorte déjà là (la confiance
en soi doit être suffisamment élevée, en effet,
pour la développer!). Et pourquoi encourager une
pratique d’écriture qui ne profite, apparemment,
qu’à son auteur?
On peut répondre
facilement aux deux questions de la même manière.
Dans la mesure où l’on écrit pour soi et que l’on
se sente suffisamment fort pour s’aventurer dans
la découverte de soi, c’est un exercice fort louable,
une manière de s’éduquer fort valable. Mais quelle
est son intention vis-à-vis de l’écrit lui-même?
Plusieurs nourrissent l’ambition de le publier.
Alors quelles en sont les conditions?
III
La littérature
n’imite jamais le réel; au mieux le double-t-elle
(Chapsal, 1994). Aussi exemplaire que puisse être
sa vie, il n’est d’aucun intérêt de la publier
sans l’écrire, c’est-à-dire sans la retravailler dans l’espace littéraire
lui-même. La force de la littérature c’est précisément
de créer du réel à partir de l’imagination; toute
tentative de copier le réel directement aboutit à de
l’invraisemblance. Quand c’est sa vie qu’on veut
raconter et publier, vaut mieux en confier l’écriture à quelqu’un
d’autre; les biographes sont aussi des écrivains,
des littéraires. Il est bien sûr des exceptions.
De Rousseau à Emerson, on trouve en effet des autobiographies
extraordinaires. Mais ce sont peut-être d’abord
des chefs-d’oeuvre de la littérature, ne l’oublions
pas! Il est donc fort à parier que même, sinon
surtout dans ces cas-là, la doublure est parfaite;
l’effet de réalité est d’autant plus grand et prenant
que s’y active l’imagination et la fantaisie sur
toute la surface du réel: la surface opaque derrière
le miroir, qui transforme la transparence en réflexion.
D’ailleurs Leiris
a pratiqué un art de l’autobiographie dans lequel
c’est le langage qui occupe la place principale.
Au lieu de raconter sa vie au moyen du langage,
il s’est offert au langage pour que le langage
se raconte lui-même. On pourrait difficilement être
plus clair quant à la place toute relative et bien
secondaire qu’occupe la conscience de soi et l’auto-affection
(le plaisir fort narcissique que s’offre le sujet à parler
de lui-même et de sa vie) dans l’autobiographie.
On est tout près de la poésie, sinon déjà dedans.
Faut-il alors
conclure que l’autobiographie qui ne répond pas
aux canons de la littérature est sans intérêt pour
le lecteur? La question mérite d’être posée du
fait même que l’autobiographie occupe une place
importante en éducation, je veux dire en recherche.
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Inner Fire ©Leslie
Stanick 2005 |
IV
Il est certain
que l’autobiographie fournit des données à la recherche.
Certains chercheurs (Pinot) ont assisté des personnes
dans l’écriture de leur vie et ont élaboré une
objectivation publiable d’après les canons de la
recherche. Il est certain que la publication du
ou des récits de vie, au moins en partie, à titre
de document d’accompagnement devient alors nécessaire
et pertinent.
Plusieurs publications à compte
d’auteur et à tirage limité fournissent un matériau
privilégié pour la recherche sur les histoires
de vie. Il est donc d’un intérêt certain pour la
recherche que des autobiographies, même médiocres
au plan littéraire, soient publiées. Leur médiocrité leur
assure d’ailleurs une plus grande authenticité:
une meilleure transparence de la réalité. L’imagination
et le style n’auraient pas trop altéré les événements
racontés. On serait en face de données empiriques
passablement objectives à l’égard de recherches
sur certaines représentations de la subjectivité.
V
L’autobiographie
aurait donc au moins trois modalités principales: thérapeutique (bâtir
et approfondir sa confiance en soi), littéraire (contribuer
au développement de la littérature) et objective (données
empiriques pour l’analyse et la recherche).
Trois modalités
qu’on pourrait d’ailleurs retrouver dans le même
texte.
Et des modalités
qui ne correspondent pas nécessairement à l’intention
de l’auteur, du sujet-auteur. On peut croire à l’authenticité de
son propos, à son objectivité, et pourtant fournir
un morceau de poésie exemplaire, un morceau dont
la vérité est bien ailleurs que dans la référence.
Un texte dont on ne peut même pas concevoir la
vérité, dont la vérité est de l’autre côté de l’empirique
(dont on se réclamerait pourtant), dans l’espace
littéraire. L’inconscient est d’autant plus habile à berner
le sujet-auteur, que ce dernier ne s’en méfie pas.
Il est donc possible de trouver des "autobiographes" à la
Monsieur Jourdain; une intention, disons, quelconque,
mais une modalité littéraire. Et l’inverse n’est
pas moins vrai; on trouve en effet des récits qui
se veulent romanesque, mais dont l’imitation du
réel tue le texte. On peut encore imaginer des
intentions thérapeutiques qui ne fonctionnent pas,
mais qui constituent un matériau extraordinaire
pour étudier les illusions de la conscience, un
texte dans la modalité objective, issu cependant
d’une intention thérapeutique. Enfin, on peut avancer
que des oeuvres littéraires tirées de faits vécus
aient également servi de thérapie à leur auteur,
et qui sait, peut-être à leur insu.
Et les mélanges,
et les proportions dans les mélanges, sont nombreux;
mais l’essentiel n’est pas là. La question est
plutôt de savoir si l’autobiographie ne consisterait
pas dans une modalité plus profonde encore - et
dont dépendraient les trois autres—qui assurerait,
par l’écoute, le développement de la confiance
en soi chez le lecteur. Une modalité qui permettrait
au texte autobiographique d’écouter vraiment le
lecteur; une page écrite, une page remplie de mots
qui poursuit, chez le lecteur, le travail commencé avec
la page blanche chez l’auteur.
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Illumination ©Leslie
Stanick 2005
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VI
Je propose de
nommer cette quatrième modalité acousmatique. L’acousmatique
est une vieille pratique de l’Antiquité grecque
qui consiste à écouter en se cachant derrière un écran;
l’écoutant ne voit jamais l’écouté[1]. J’emprunte
le mot pour sa force suggestive.
D’après notre
définition de l’écoute, si le texte écoute bien,
le lecteur a des chances d’entendre quelque chose,
quelque chose de nouveau à propos de lui-même.
Mais cela n’est pas forcément original; on pourrait
avancer que tous les grands textes littéraires écoutent
très bien, puisque le lecteur entend des choses
inouïes qui font partie de sa lecture. Barthes
l’a bien montré, c’est la notion même de texte
qui est en jeu ici. Le texte, faut-il le rappeler,
n’est pas l’imprimé que publie l’auteur, mais chacune
des lectures de l’imprimé, voir la somme de ces
lectures qui comprennent toujours une partie de
ce que le lecteur y ajoute. Quand je ferme le livre
et poursuis ma lecture dans mes propres images,
je suis toujours dans le texte, pour autant bien
sûr que je tisse un lien entre ces «images» et
le texte. Le danger pour le lecteur est de se projeter
dans le texte, de se lire, de n’entendre que lui-même,
c’est-à-dire de ne tisser aucun lien entre le texte
et lui. Et ce «soi» qu’il entend alors, c’est un
sujet de surface dont il ne voit pas qu’il est
fabriqué.
Le texte qui écoute,
dont la modalité première est d’écouter, tente
justement de pousser le processus de lecture vers
la découverte de cette fabrication, mais pour soi,
dans la région de ses propres symboles, de sa propre
textualité. Le lecteur est toujours invité à tisser
des liens, mais entre différentes parties de lui-même.
Le «texte,» au
sens de Barthes, est alors le «soi» même du lecteur;
le texte acousmatique, le texte rédigé intentionnellement
ou non dans cette modalité, écoute un sujet en
train de s’approfondir, qui devient son propre «texte.» Il
crée les conditions de sécurité dans lesquelles
le sujet-lecteur commence à bâtir suffisamment
de confiance en soi pour oser explorer ses inhibitions,
puis sa propre symbolique profonde et signifiante.
Le lecteur est écouté et encouragé par le texte à s’entendre
du plus profond du langage ou de l’inconscient.
Encore une fois,
tout bon texte, en particulier tout texte riche
au plan des connotations, est à même de provoquer
cela. C’est-à-dire de bien écouter. L’intention
acousmatique n’est donc pas nécessaire au fait
que la modalité soit présente dans le texte. Mais
cette modalité implique peut-être, on va le voir,
des conditions éditoriales que rencontrent rarement
les textes publiés. L’unité même des textes publiés
(l’unité de toutes les parties dans un tout cohérent
qui lui vaut justement d’être publié) contraint
très vite le lecteur à composer avec le contenu
même de l’imprimé (celui que reconnaîtrait une
majorité de lecteur comme étant bien le contenu
du texte) ainsi qu’avec une certaine intention
de l’auteur à dire quelque chose, à parler plutôt qu’à écouter. Et l’auteur,
en l’absence d’une intention explicite et claire,
pourrait bien être l’inconscient lui-même, mais
qui s’adresse avec d’autres symboles (ceux-là même
qui font l’unité de l’oeuvre publiée) que ceux
dont le lecteur doit, pour approfondir sa quête
de soi, faire l’apprentissage. Le lecteur est alors
entraîné dans un monde souvent trop éloigné de
lui, sans repères pour lui; il entend bien quelque
chose, mais il ne sent pas que ça parle pour lui.
Bref, le lecteur ne se sent pas interpellé. L’écoute
n’est plus pour lui. Le texte ne l’écoute plus.
Et l’inverse n’est
pas moins vrai: le texte qui est trop prêt, et
qui ne fait que confirmer l’auteur dans ce qu’il
pense, écoute très mal. Le lecteur entend bien
quelque chose, mais tout reste en surface; le lecteur
n’entend que ce qu’il a lui-même toujours écouté.
Une variante du cas de projection de soi dans le
texte.
On peut bien attribuer
la responsabilité de ces échecs au lecteur, mais
cela n’arrangera rien du côté de la confiance en
soi!
VII
Je fais le pari
que l’autobiographie pratiquée dans l’épaisseur
même de la frontière entre soi et le langage, soit
sur la limite même—extensible à souhait, on va
le voir (règle 6)—entre l’empirique et le littéraire,
est d’un intérêt certain pour la recherche en éducation.
Car en dépit de tous les défauts possibles du texte—ses
effets pervers que sont principalement le narcissisme,
l’invraisemblable ou les déformations de la réalité[2] —l’autobiographie, disons, mixte
(qui utilise le langage pour parler de soi, mais
qui s’offre également au langage pour que le langage
parle de lui) crée des trous dans le texte, des
nervures également, qui marquent sa modalité et
déroutent complètement le lecteur qui voudrait
s’y projeter, s’y distraire ou même simplement
le juger[3].
Mettre une frontière
entre le réel et le littéraire (la chose et sa
doublure, pour reprendre la métaphore de Chapsal)
c’est établir une distinction assez nette entre
raconter les événements de sa vie, tels qu’ils
se sont passés, et les réinventer dans l’écriture,
avec la toute puissance des mots et de l’imagination.
L’autobiographie mixte semble donc ignorer cette
frontière. Disons plutôt qu’elle s’y installe et
l’étire à souhait. Au point où le récit, de quelque
côté qu’on se trouve de la frontière, paraît toujours
interrompu; il s’y glisse même des incohérences,
des invraisemblances et toutes sortes d’hésitation:
des paragraphes, des phrases, voire même des mots
incomplets; des arguments mêlés aux événements,
des références théoriques elliptiques, bref une
série d’agacements, souvent mineurs, mais parfois
majeurs, qui rendent difficile, sinon impossible
l’unité du texte, et donc sa publication.
Je fais l’hypothèse
que ces défauts du texte sont des marqueurs de
la modalité acousmatique. Je ne dis pas qu’il ne
faut pas les corriger, mais il faut soigner le
travail éditorial en fonction de la présence de
ces marqueurs.
La rédaction récente
d’une autobiographie mixte, et dont la dernière étape[4] ressemble à un
roman inachevé, m’a permis d’identifier sept règles
ou plutôt des conseils à suivre, afin de favoriser
la préséance de la modalité acousmatique dans la
révision, pour publication, du texte, voire même
de l’ensemble des textes que j’ai rédigés depuis
près de dix ans sur ces questions-là. Et chacune
des ces règles fait écho à un ensemble de sept
autres règles[5] que
j’ai scrupuleusement respectées lors de la rédaction
de mon autobiographie mixte. Je les présente brièvement
côte-à-côte.
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Écrire
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Éditer
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1. Accueillir
les mots, tous les mots. Et trouver une manière
douce et respectueuse de les mettre de côté.
Surtout ne pas les biffer ou les effacer.
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1. Ordonner
les mots et les paragraphes ainsi obtenus.
Jouer avec eux et commencer la sélection.
Rejeter tout ce qui paraît d’emblée inutile.
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2. Accueillir
les personnages, tous les personnages avec
la même générosité. Les accepter tels qu’il
se présentent; écrire sous leur dictée. Et
ne pas juger leur apparentes invraisemblances
ou incohérences.
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2. Assurer
la cohérence et la vraisemblance des personnages.
Leur rendre justice en les traitant avec
tout le respect dû à l’être même de la doublure.
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3. Reconnaître
la part du corps dans l’écriture et bien
sentir toutes les tensions; accueillir toutes
les émotions.
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3. Inclure
les émotions, mais ne pas se laisser prendre
par la tristesse, le découragement et la
baisse de confiance en soi engendrée par
l’écriture. Discerner entre les émotions
qui sont passées dans l’écrit et ce que l’on
sent vraiment devant le texte à finir. Chasser
les passions tristes.
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4. Reconnaître
les influences et les emprunts. Marquer de
quelques signes son appréciation des autres
rencontrés sur des voies parallèles. Accueillir
l’intertextualité.
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4. Marquer
ses préférences en fonction d’un véritable
souci de vérité. Un souci de vérité éthique à l’égard
de soi, un souci épistémologique à l’endroit
de sa culture et un effort au plan esthétique;
commencer de peaufiner son texte du mieux
qu’on peut. Choisir ses métaphores et commencer
de les développer au plan théorique.
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|
5. Faire
place à l’autre. Non pas répondre à ses présumées
questions, mais le savoir dans le besoin
d’être écouté; écrire dans le dessein d’une
oreille. Le texte comme un tympan. S’y essayer.
Sans même comprendre. Tracer les nervures
de l’ouïe. Essayer de ne rien dire.
|
5. Écrire
en sachant que quelqu’un, quelque part, a
besoin d’aide. Une aide qui ne vient pas
de soi, mais du texte comme médiation. Une
médiation d’autant plus susceptible de réussir
qu’elle est écrite dans le désir et la conscience
d’aider l’autre. L’aide et l’autre comme
motif de l’édition; refuser systématiquement
de laisser passer le succès du texte pour
soi au premier plan. Penser à l’autre dans
la seule intention de lui offrir un espace
(pas de message!) dans lequel s’exprimer
en toute confiance et s’avouer à lui-même
les vérités nécessaires à son éducation.[6]
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6. Donner
sa chance même à dieu de m’aider. Accueillir
la grâce.
|
6. Garder
bien vivante l’idée du mystère. Toute ouverture
du côté de la transcendance et de la téléologie
ou du surnaturel doit demeurer problématique.
Bien s’"étirer" jusque-là (la vraie
souplesse de l’esprit, son ouverture essentielle,
est dans le lien, non dans le saut) et non
plonger, sauter dans les abîmes inconnus.
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7. Accueillir
l’inconnu...
|
7. Lancer
le texte, risquer les retours, les malentendus,
les méprises; le texte n’appartient à personne,
bien que l’auteur soit responsable de le
rendre public, de le donner.
|
***
J’aimerais, en guise de conclusion, revenir sur une question laissée en
suspens. Le bon écoutant dont la confiance en soi
serait plutôt basse. Je crois que cette personne
est toute désignée pour profiter au maximum de
la modalité acousmatique dans l’autobiographie.
Car étant sensible à l’écoute (par expérience!)
et au manque de confiance en soi, elle peut sans
doute reconnaître plus facilement que n’importe
qui d’autre la qualité de l’espace qui est créé pour
elle dans l’oreille du texte.
Oui?
Note bibliotheque